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Jardiner durablement, les solutions bio qui marchent vraiment

   
Auteur : Jean-Michel Groult
Editeur : Ulmer
Date de dépôt : 2007

Le respect de la biodiversité et de la nature en général, la valeur de l'eau, une alimentation saine sont quelques-uns des facteurs ayant conduit à l'actuel mouvement militant pour le jardinage biologique et sans utilisation de pesticides. La réduction de l'utilisation des produits chimiques et le retour à des valeurs naturelles d'un jardinage sans pesticides sont devenus des préoccupations d'actualité. Les notions d'auxiliaires, d'économie d'eau et d'engrais naturels sont donc à approfondir avant de se lancer dans une telle démarche. En effet, en France les jardiniers utilisent plus du triple de pesticides à l'hectare que les agriculteurs, c'est pourquoi il est grand temps d'agir mais pas à n'importe quel prix. Botaniste d'origine, Jean-Michel Groult est journaliste, écrivain et photographe, spécialisé en jardinage et environnement, auteur des « conseils du mois » de « Mon jardin & ma maison ». Il a décidé de vérifier quelles étaient les solutions dites « bio » réellement efficaces et pour cela, il les a personnellement testées. Il prouve ainsi que le bio a aussi parfois ses inconvénients. Ce livre propose en premier lieu 10 principes de base pour jardiner durablement : limiter l'artificiel à ses besoins, observer son environnement, penser son jardin de façon globale, rechercher l'équilibre, préférer prévenir plutôt que guérir, raisonner ses actes, favoriser la diversité sous toutes ses formes, réviser ses idéaux, adopter un comportement éco-responsable et bannir les solutions non durables. Loin des idées reçues, l'auteur s'attache à montrer que jardiner bio c'est d'abord changer de culture ; son analyse permet de se forger sa propre opinion.

Avant tout, la connaissance du jardin basée sur l'observation des plantes sauvages, de la terre (notamment en la faisant analyser), du climat et des microclimats est primordiale. Elle permet de mieux penser les plantations. Ces dernières peuvent s'avérer des plus réfléchies en utilisant des associations végétales, des rotations, des haies bocagères, des trognes... Tondre est aussi un acte qui s'effectue selon des règles, Jean-Michel Groult s'attache à le rappeler.

Un chapitre entier est consacré à l'eau du jardin en l'abordant sous ses angles les plus divers comme le choix de plantes peu exigeantes en eau, le paillage, la récupération d'eau pluviale (citernes, bassins, contenants de fortune...), l'arrosage raisonné...

La fertilisation est aussi un chapitre clef afin de traiter des engrais durables comme le nitrate du Chili, le guano, la kiesérite, le sang séché, la farine de plumes, les purins de plantes, sans oublier l'irremplaçable compost, la cendre, les engrais verts.

Les solutions douces sont bien sûr passées en revue en fonction des différents ravageurs avec une comparaison sur leurs différentes efficacités. Tout en incitant en une action proportionnée à l'attaque, sont passés en revue les purins (avec distinction entre purin, macération, infusion, et décoction), les bouillies (bordelaise et nantaise), les enduits (lait de chaux...)... La pharmacopée du jardinier est passée en revue avec le savon, la fameuse roténone, le pyrèthre, le charbon de bois, les pièges, la bière (de préférence sans alcool), les extrais d'agrumes avec une mise en garde contre les utilisations de l'eau de Javel et de la naphtaline, au demeurant peu efficaces et peu écologiques. La lutte biologique à l'aide d'auxiliaires (coccinelle, carabe doré, chrysope...) est, bien entendu, abordée mais est cependant considérée par l'auteur comme « l'un des arts les plus élaborés, et les plus difficiles, du jardinage écologique » et de toute façon davantage adaptée aux serres et vérandas.

Point ô combien actuel dans le monde du jardinage, le désherbage a un chapitre entier. Les méthodes alternatives à l'emploi des herbicides chimiques sont détaillées (désherbeur à gaz, eau bouillante, écobuage, vapeur, mousse biodégradable, micro-ondes, infrarouges, huiles, désherbants bio...). Mais l'huile de coude reste de loin la meilleure des solutions surtout qu'elle laisse la possibilité de conserver certaines plantes. Quant au bêchage, il ne doit pas être systématique. Favoriser la biodiversité est facile, il suffit notamment d'installer des plantes mellifères, des prairies fleuries, des refuges à insectes... Le livre s'achève par un point sur les solutions non durables comme le plastique (conteneurs, métaux lourds (anciens thermomètres à mercure), les pesticides (souvent encore présents dans les épluchures de légumes utilisés au compostier), le feu (en théorie interdit mais utile pour les « déchets verts » [terme que l'auteur considère comme une hérésie car pour lui les résidus sont du compost en devenir issus de plantes malades]) et la cendre ayant des vertus fertilisantes et désinfectantes. Le teck, bois exotique ayant la faveur des fabricants de mobilier de jardin en raison de son caractère de résistance aux intempéries au prix d'une large déforestation tropicale est aussi un sujet traité par Jean-Michel Groult. Cet exemple montre combien être éco-responsable est avant tout une affaire de bon sens. Au fil du livre, des encadrés reviennent sur des sujets particuliers comme les engrais verts, un point sur la tourbe, le compost des Templiers (compost décrit dans un manuscrit du XIIe siècle retrouvé il y a 40 ans basé sur un broyat de rameaux frais et fermentés et étalé en couches), les rétenteurs d'eau, la réhabilitation de la faux, les alliés indigènes (batraciens, hérissons, musaraignes...). Le jardinage bio est basé sur l'observation de la nature pour savoir en tirer parti avec des gestes simples comme le compostage, le désherbage manuel, la conservation des plantes indigènes, l'emploi de la bière contre les limaces, comprendre que les feuilles mortes s'accumulent sur les endroits les moins ventés du jardin ou encore que certaines « mauvaises » herbes sont comestibles comme les plantains, la mâche sauvage. Un carnet d'adresses permet de trouver les coordonnées de distributeurs de fertilisants, de préparations naturelles, d'agents de lutte biologique, des semences et plants d'espèces indigènes ou biologiques. Au fil de l'ouvrage, l'auteur revient sur des termes spécifiques comme la biodynamie, la chènevotte, le compagnonnage, la permaculture, la Terra Preta.

Richement illustré de photographies et de tableaux pratiques, complété de synthétiques résumés de chapitre, ce livre est très facilement abordable et donc à la portée de tout jardinier tout en tenant compte de l'actualité à l'instar des méfaits de la renouée du Japon, ou ceux des coccinelles d'origine asiatique mangeant les espèces européennes. L'auteur milite pour un jardinage authentique et responsable en prenant en compte les valeurs d'économie de temps et d'argent. Ce livre, pour son sujet d'actualité et sa clarté, a été remarqué avec l’attribution du « Prix Saint-Fiacre » 2007, prix annuel de littérature délivré depuis 1971 par l’association des journalistes du jardin et de l’horticulture (AJJH).



Conservatoire des Jardins et Paysages / mai 2008

 
256 pages - 25.00 €
     
   
   
   
 
   
 
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