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Les parterres de Le Nôtre, Chantilly

   
Auteur : Alain Baraton
Editeur : Nicolas Chaudun, collection « Trésors de Chantilly » n° 4 / Fondation pour le domaine de Chantilly
Date de dépôt : juin 2009

Les parterres d’André Le Nôtre dans le parc du château de Chantilly* (Oise) viennent de faire l’objet durant dix-huit mois de travaux d’une remarquable restauration par la Fondation pour la Sauvegarde et le Développement du Domaine de Chantilly. Ils ont officiellement été inaugurés le 20 septembre 2009, à l’occasion des « Journées européennes du patrimoine ». Cet aménagement (remise en état du système hydraulique, remise en fonction de la gerbe d’eau telle que l’avait imaginée André Le Nôtre, fonctionnement en circuit fermé, curage des canaux, restitution des pierrées, réajustement des tuyaux, restauration des vannes, consolidation des allées, nettoyage des statues) a été mis à l’honneur à travers une exposition se déroulant du 4 avril au 12 octobre 2009 au sein même de la Galerie des Cerfs du musée Condé, sur le thème « Les jardins de Le Nôtre à Chantilly » et présentant plans, dessins et gravures afin de retracer l'histoire du domaine. Ce parc occupe une place à part dans l’uvre du grand jardiner, déjà dans sa conception. En effet, elle est la seule parmi ses compositions dont l’axe ne passe par un château mais par une statue, celle du Connétable Anne de Montmorency. Mais Chantilly était aussi considéré par André Le Nôtre comme le domaine dont il était le plus fier comme il le précise lui-même dans une lettre écrite à William Bentinck, duc de Portland et surintendant des jardins royaux d’Angleterre en 1689 (« Souvenez-vous de tout ce que vous avez vu de jardins en France, Versailles, Fontainebleau, Vaux-le-Vicomte, et les Tuileries, et surtout Chantilly »).

Dans la lignée de cette restauration, paraît ce nouveau fascicule dans la collection « Trésors de Chantilly » dans laquelle sont déjà parus « Les singeries » (2008) de Nicole Garnier-Pelle, « Les chefs-d’uvre » (2008) de Nicole Garnier-Pelle et « La galerie de Psyché » (2009) de Marie Desplechin. Ce livret est dû à Alain Baraton, jardinier en chef du domaine national de Trianon et du grand parc de Versailles (Yvelines), notamment connu pour sa chronique hebdomadaire de jardinage sur France Inter (FM 87,8 en Ile-de-France) les samedis et dimanches de 7 h 40 à 8 h. En une vingtaine de pages, le jardinier retrace l’histoire du site en commençant par l’année 1659, lorsque Louis II de Bourbon, prince Condé (1621-1686), dit le Grand Condé, retrouve son domaine de Chantilly après 7 années de disgrâce infligées pour son cousin Louis XIV comme suite à ses prises de position durant la Fronde. Il prend alors conscience que pour asseoir son statut, il doit embellir et agrandir son domaine. Pour mener à bien cette entreprise, ce passionné de botanique et de jardinage s’adresse en 1662 à André Le Nôtre (1613-1700) qui vient d’achever les jardins de Vaux-le-Vicomte* à Maincy (Seine-et-Marne). Le parcours professionnel d’André Le Nôtre est retracé, en passant par sa formation de peintre chez Simon Vouet durant laquelle il développe son sens de l’esthétisme et des proportions. Son histoire est marquée par le passage d’autres personnages importants du monde du jardin comme Claude Mollet (1563-1649) ou Claude Desgots (1658-1732), sans oublier sa famille comme son père Jean Le Nôtre (vers 1575-1655), son beau-frère Pierre Desgots (1630-1688) et son neveu Michel Le Bouteux (1623-entre 1696-1716). Dans son aventure cantilienne, il est aidé du contrôleur des arbres fruitiers de sa majesté et curé d’Hénonville, le père Le Gendre (1590-1665), de l’agronome et jardinier Jean-Baptiste de la Quintinie (1624-1688), de l’hydraulicien Jacques de Manse (1625-1703), de l’architecte Daniel Gittard (1725-1688), sans oublier la consultation de Sébastien Le Prestre, marquis de Vauban (1633-1707) et de Jules Hardouin-Mansart (1646-1708).

Ce livret détaille la création du Grand parc et l’utilisation de l’eau qui, contrairement à Versailles, y est abondante. Les travaux du grand parterre débutent en 1665. Le canal imaginé par André Le Nôtre mesure 2500 mètres (plus long que ceux de Vaux et de Versailles) et est réalisé de 1671 à 1673 à partir d’une déviation de la Nonette (affluent de l'Oise). Il est à précisé que le grand jardinier travaille en parallèle à Chantilly et à Versailles*. Alain Baraton rappelle que les arbres initialement plantés sont des ormes, tilleuls, châtaigniers, merisiers, noyers ou orangers. Il revient sur les éléments importants du domaine comme les topiaires, les canalisations construites en aulne, le vertugadin, les miroirs, les treillages Il ne manque pas de rendre hommage au travail accompli de nos jours par les terrassiers, jardiniers et fontainiers sous la conduite de Pierre-Antoine Gatier, architecte en chef des Monuments historiques. La seconde partie de l’ouvrage est iconographique et comprend des reproductions de tableaux, gravures, plans et des photographies du parc [Claudius Couton (1872)]. Parmi ces références, figure une statue de marbre à l’effigie d’André Le Nôtre signée de Tony Noël (1880) prenant place dans les parterres du parc. Cette iconographie est notamment basée sur des gravures d’Adam Perelle (1638-1695) ou encore des extraits du fameux « Album du comte du nord » (1782). Les illustrations mettent à l’honneur notamment les treillages ou encore le pavillon de Manse (machine élévatoire des « grandes eaux » du prince de Condé, entièrement restaurée en 2008 y compris l’ensemble des machines). Quant aux clichés contemporains, ils témoignent de l’aspect du château, des alignements d’arbres, des jeux d’eau ou encore de la statuaire, à l’instar de « Proserpine » d’Henri-Michel Chapu (1884). Le vaste programme de restauration du domaine en cours doit encore se poursuivre durant plusieurs années et montre combien la Fondation pour la Sauvegarde et le Développement du Domaine de Chantilly est attachée à la préservation de ce site d’exception D’ailleurs, en raison de la poursuite des travaux, l’édition initialement prévue pour 2010 des traditionnelles « Nuits de feu », concours biennal international de feux d'artifice, est reportée à 2011.

Ce petit ouvrage a donc le mérite d’aborder l’histoire du domaine picard à l’appui d’une iconographie basée sur documents d’archives et prises de vues actuelles tout en montrant l’importance du domaine de Chantilly autant dans la carrière d’André Le Nôtre que dans l’histoire de l’art des jardins, comme l’a très bien démontré l’émission « Des racines & des ailes » diffusée le 28 octobre 2009 sur France 3 avec pour thème « Chantilly, la métamorphose » et dans laquelle étaient visibles d’intéressantes restitutions virtuelles en image de synthèse des fontaines d’André Le Nôtre (fontaines de Beauvais, grandes cascades) et du pavillon de Manse. Ces différents témoignages ne peuvent qu’inciter à se rendre sur place pour visiter le parc et le musée Condé, deuxième de France, après celui du Louvre, pour les peintures anciennes.

* Plus d’informations

Pour en savoir davantage sur les jardins cités dans cette notice, il suffit d’un simple clic sur les liens suivants :

Parc du château de Chantilly

Jardins de Vaux-le-Vicomte

Domaine de Versailles et de Trianon



© Conservatoire des Jardins et Paysages / avril 2010

 
96 pages - 15.00 €
     
   
   
   
 
   
 
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