Actualités des livres     
 

Intrigantes demeures d’écrivains

   
Auteur : Izabel Tognarelli
Editeur : Déclics
Date de dépôt : 2008

Auteur du livre « Merveilleux jardins de Paris », Izabel Tognarelli s’intéresse cette fois-ci aux demeures des écrivains. Démarche des plus naturelles, dans la mesure où, de formation littéraire, elle a été aussi pendant quelque temps guide aux jardins du Grand Courtoiseau. Après les jardins, ce sont donc les sites où vécurent et séjournèrent les grandes plumes de notre littérature qu’elle nous invite aujourd’hui à visiter. Il est aisé de se rendre sur place car les trente-et-une demeures qui les ont inspirées sont toutes ouvertes au public. Classés par région et repérés sur la carte d’introduction de l’ouvrage, ces lieux sont dévoilés chacun sur quatre à six pages, avec le nom de l’auteur, une carte de situation, des citations, des témoignages de familiers, des photographies, sans oublier les conditions de visite des lieux avec coordonnées et sites Internet correspondants.

La place des jardins y est de toute façon très importante en filigrane. D’ailleurs, les hommes et femmes de lettre sont pour certains des jardiniers passionnés à l’instar de George Sand ou encore de François-René de Châteaubriand (1768-1848). « C’est dans les bois de Combourg que je suis devenu ce que je suis. » disait justement l’auteur de « Mémoires d’outre tombe » (1848). Il est vrai que les parcs de Combourg* (Ille-et-Vilaine)et de la Vallée aux Loups* à Châtenay-Malabry (Hauts-de-Seine) ont été marqués par l’empreinte et l’âme de cet écrivain romantique. Dans cette propriété alto-séquanaise, il plante lui-même catalpas, tulipiers, cèdres de Salomon et un magnolia offert par Joséphine de Beauharnais. François Mauriac (1885-1970) est, quant à lui, un amateur de fleurs parfumées et notamment du réséda. Il se faisait envoyer en mai par la poste des roses depuis son domaine de Malagar à Saint-Maixant (Gironde). Cet amour des fragrances végétales est confirmé dans son jardin avec la plantation de roses, lilas, seringats et illets. Cette propriété est marquée par la présence de cyprès et d’une double allée de charmille [évoquée dans « Le nud de vipères » (1932)]. A la villa Arnaga* à Cambo-les-Bains (Pyrénées-Atlantiques), Edmond Rostand (1868-1918) engage des travaux considérables pour l’aménager et conçoit lui-même, avec les conseils de l’architecte-paysagiste Pierre Ferret, les jardins dans lesquels il ne voulut que des animaux blancs (colombes, chiens, chevaux et paons). Dans un espace retiré, il aménage le Coin des poètes où trônent les bustes de William Shakespeare, Victor Hugo et Miguel de Cervantès. La présence d’Alphonse de Lamartine (1790-1869) dans le jardin du château de Cormatin* (Saône-et-Loire) est immortalisée par l’allée aux 130 tilleuls tricentenaires et portant toujours son nom. Honoré de Balzac (1799-1850) a marqué en particulier deux lieux parmi bien d’autres : le parc du châteaude Saché (Indre-et-Loire) et le jardin de sa maison de Paris (devenue musée Balzac) dont l’auteur du « Le lys dans la vallée » (1836) aimait beaucoup le petit jardin. Hervé Bazin (1911-1996) était un jardinier actif aux jardins du Grand Courtoiseau* à Triguères (Loiret) mais le jardin actuel, que connaît bien Izabel Tognarelli, a été créé par les actuels propriétaires et ne connut donc pas l’auteur de « Vipère au poing » (1948) de son vivant. C’est ici même qu’il établit le siège de l’Académie Goncourt dont il était président. Après Hervé Bazin, la propriété fut ensuite vendue au chanteur Mouloudji qui la conserva peu de temps. L’uvre de Marcel Proust (1871-1922) est marquée par Illiers (Eure-et-Loir) [village de son enfance, devenu Illiers-Combray depuis 1971 en hommage à l’écrivain] et en particulier par la maison de Tante Léonie et le Pré Catelan* [du nom de la partie du bois de Boulogne* (Paris) où Marcel Proust avait l’habitude de se promener], conçu par l’oncle Jules avec des fabriques donnant des allures « anglo-chinoises » au lieu, détenteur du label « jardin remarquable », décerné par le Ministère de la culture et de la communication sur des critères de composition, d’intégration dans le site, de qualité des abords, d’intérêts botanique et historique, d’entretien et de gestion.

La mémoire de Pierre de Ronsard (1524-1585) est à associer au manoir de la Possonnière à Couture-sur-Loir (Loir-et-Cher) [avec jardin et roseraie] et au prieuré de Saint-Cosme* à La Riche (Indre-et-Loire) avec ses jardins, deux lieux plantés de massifs de roses en hommage au poète, auteur de « Mignonne allons voir si la rose » (« Ode à Cassandre »). George Sand (1804-1876), « La bonne dame de Nohant » (Indre), trouvait le temps de cultiver le jardin de son domaine berrichon 5 heures par jour, malgré une uvre littéraire prolifique. Celui-ci a, lui aussi, obtenu le label « jardin remarquable ». Louis Aragon (1897-1982) et Elsa Triolet (1896-1970), couple mythique de la littérature française, passaient leurs week-ends au moulin de Villeneuve à Saint-Arnoult-en-Yvelines (Yvelines) et reposent pour l’éternité au pied de deux hêtres pluricentenaires du parc mais qui ne leur ont pas survécu. L’irraisonnable Alexandre Dumas (1802-1870), qui reconnaissait « Je n’ai point de vices, mais j’ai des fantaisies, ce qui coûte bien plus cher ! », a fait édifier le château de Monte Cristo au Port-Marly (Yvelines) et aménager son parc dans lequel sont toujours visibles une grotte et le « château d’If » (castelet de style néogothique troubadour lui servant de cabinet de travail). Stéphane Mallarmé (1842-1898) prenait pour lieu de villégiature une maison à Vulaines-sur-Seine (Seine-et-Marne), aujourd’hui devenue musée Mallarmé*. Le jardin attenant faisait l’objet de toutes les attentions du poète qui tenait même une « chronique du jardin » dans laquelle il confiait notamment « Tous les matins, je me promène avec le sécateur et fais leur toilette aux fleurs avant la mienne. ». Ces écrits ont permis à la paysagiste Florence Dolfus de recréer ce jardin en 1992. C’est à Médan (Yvelines) qu’Emile Zola (1840-1902) acheta une simple maison avec les droits de « L’assommoir » (1877) à laquelle il adjoint deux tours disproportionnées permettant de loger épouse et mère qui ne se supportaient pas. Le jardin de la Maison Zola et du futur Musée Dreyfus est en cours de réaménagement.

D’autres écrivains et leurs demeures sont encore à découvrir et notamment Jean de La Fontaine (1621-1695) à Château-Thierry (Aisne), Jules Verne (1828-1905) à Amiens (Somme), Georges Simenon (1903-1989) au château de Terre-Neuve (Vendée), Michel de Montaigne (1533-1592) à Saint-Michel-de-Montaigne (Dordogne), Molière (1622-1673) et la maison du Barbier Gély à Pézenas (Hérault) qui devrait abriter un espace dédié à Bobby Lapointe (un autre Piscénois), François Rabelais (vers 1483-1553) à La Devinière (Indre-et-Loire), Victor Hugo (1802-1885) place des Vosges à Paris, à sa maison littéraire du château des Roches à Bièvres (Essonne) avec un parc de 10 hectares et Hauteville house à Saint-Pierre-Port (Guernesey) avec un jardin auquel il accordait beaucoup de soins... Quant à Voltaire (1694-1778), c’est à Cirey-sur-Blaise (Haute-Marne) qu’il séjourna durant les quinze ans de sa liaison avec Madame du Châtelet. Comme le château, le jardin à l’anglaise avec son canal d’agrément de 800 mètres est classé Monument historique.

Le végétal est très présent au fil des pages à l’instar de la rose ‘Comtesse de Ségur’ créée en 1994 par Delbard ou du lotus, fleur de Tahiti, qui serait à l’origine du pseudonyme Pierre Loti choisi par Louis-Marie-Julien Viand. A Sessenheim (Bas-Rhin), un arbre est dénommé le « chêne de Goethe » soit disant parce que Johann Wolfgang Goethe (1749-1832) le jour de sa séparation avec la fille du pasteur y aurait jeté un trognon de pomme qui donna un pommier, aujourd’hui disparu et qui poussait dans un creux du chêne. Ce petit bourg alsacien est aussi connu pour être le seul lieu où le poète ait ri une fois dans sa vie. En effet, le territoire est parfois marqué par une présence ou une référence littéraire, à l’instar de l’aiguille creuse d’Etretat (Seine-Maritime) qui, d’après Maurice Leblanc (1864-1941), renfermerait le trésor des Rois de France, caché par son héros, son double, Arsène Lupin. D’autres lieux sont marqués par la sculpture commémorative à tels le buste de la comtesse de Ségur (Jean Boucher, 1900) et la sculpture de George Sand, tous deux au jardin du Luxembourg* (Paris).

Lieux de séjours, de vie, d’amours ou d’exil, ces sites renferment parfois des secrets ou des histoires comme le salon turc et la mosquée de Pierre Loti (1850-1923) dans sa maison de Rochefort (Charente Maritime), où il avait aménagé un petit jardin visible dans la cour ou le salon mauresque du château de Monte-Cristo ou bien encore le château de la Buzine à Marseille (Bouches-du-Rhône) restauré par cette ville pour en faire une Maison du cinéma méditerranéen, juste retour pour celui qui est connu comme « Le château de ma mère » (1957) de Marcel Pagnol (1898-1974).

« J’écris pour faire plaisir à beaucoup et pour en emmerder quelques-uns. » disait Jacques Prévert (1900-1977) qui vivait à Omonville-le-Petite (Manche) que lui avait fait découvrir son ami le décorateur de cinéma Alexandre Trauner. Ce livre est assurément destiné à la première catégorie car, au-delà de la simple envie de se rendre dans ces maisons et ces jardins pour y voir objets, décors et plantes, une des vertus de cet ouvrage est qu’il incite réellement à relire ses classiques comme les « Fables » (1668-1678) de Jean de La Fontaine, « Les petites filles modèles » (1858) de la comtesse de Ségur, « La veuve couderc » (1942) de Georges Simenon, les « Lettres de mon moulin » (1869) d’Alphonse Daudet, « La chartreuse de Parme » (1839) de Stendhal

Ces écrivains ont marqué la littérature, notre langue, mais aussi notre histoire, notre territoire, en deux mots, « notre culture ». Les mots d’Izabel Tognarelli permettent de découvrir des écrivains réputés, qu’elle qualifie elle-même comme « ses péchés mignons », d’une manière sans doute moins académique que dans les « Lagarde & Michard », mais ô combien efficace, en permettant de pénétrer dans l’intimité de grandes figures qui sortent de leur image d’icones pour s’avérer sans doute plus humains, plus proches. Les demeures sont ainsi moins intrigantes et les jardins plus émotionnels.

* Plus d’informations

Pour en savoir davantage sur les jardins cités dans cette notice, il suffit d’un simple clic sur les liens suivants :

Parc de Combourg

Parc de la Vallée aux Loups

Jardins d’Arnaga

Jardin du château de Cormatin

Jardins du Grand Courtoiseau

Le Pré Catelan

Bois de Boulogne

Jardins du prieuré de Saint-Cosme

Jardin du musée Mallarmé

Jardin du Luxembourg



© Conservatoire des Jardins et Paysages / avril 2010

 
160 pages - 29.00 €
     
   
   
   
 
   
 
w