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Pagodes et dragons, exotisme et fantaisie dans l’Europe rococo 1720 - 1770

   
Auteur : Articles d’auteurs variés sous le commissariat de Georges Brunel
Editeur : Paris Musées / Musée Cernuschi
Date de dépôt : février 2007

Situé à l'entrée du parc Monceau* (Paris), le musée Cernuschi (7, avenue Velazquez) est dédié aux arts asiatiques et en particulier à l'art et à l'archéologie de la Chine ancienne. Ce musée de la Ville de Paris, aux collections réputées dans l'Europe entière, propose jusqu'au 24 juin 2007, l'exposition « Pagodes et dragons, exotisme et fantaisie dans l’Europe rococo (1720-1770) ». C'est une occasion de découvrir 150 œuvres et objets inspirés par la Chine et d’autres pays d’Extrême-Orient (tapisseries, faïences, porcelaines, peinture, orfèvrerie) et notamment des « pagodes » (petites sculptures représentant un personnage d’inspiration chinoise, parfois grotesque). Si cette influence se remarque modestement au XVIe siècle, c'est au XVIIIe siècle que l'art chinois devient réellement une référence que les Européens se mettent à copier avec plus ou moins de finesse et de fantaisie. Dans ce mouvement dit des « chinoiseries », apparaissent alors des copies d'objets, des porcelaines, des tableaux, des meubles, des gravures, des boiseries peintes constituant de véritables collections… Dans ce courant stimulant leur imagination et marquant une rupture avec l'ordre gréco-romain, les artistes européens adoptent une démarche d'imitation, cherchant à copier la faïence chinoise, comme les manufactures de Delft (Pays-Bas), phénomène qui s'élargira à partir de la découverte du kaolin. Les différentes salles du rez-de-chaussée du musée présentent de manière chronologique ce courant artistique. Ainsi, « Exotisme et fantaisie » revient sur le Cathay (nom remontant au Moyen âge regroupant l'ensemble constitué par la Chine, l'Inde et le Japon) et notamment les objets européens en porcelaine dure de Meissen (Allemagne). « La Chine, source d'inspiration » présente notamment des vases authentiques en vis-à-vis de leur « copie ». « La Chine, empire du bizarre » est une occasion d'apprécier les trois superbes « tentures de Beauvais » de Guy-Louis Vernansal (1648-1729), dites « L’histoire de l’empereur de Chine » (« Le retour de chasse », « La collation » et « La récolte des ananas »). Autres objets remarquables, les 4 panneaux à la chinoise de l'hôtel de Richelieu (vers 1735) représentent les 4 éléments (eau, feu, terre et air) avec des interprétations maladroites de la symbolique chinoise mais constituant néanmoins d'incomparables objets d'art. « La Chine, empire de la sagesse » présente un moment avec plus de sagesse et moins d'absurdité, la Chine est alors idéalisée. Cette vision se retrouve dans les porcelaines de Limoges, Sèvres, Rouen, Delft, Chantilly, Meissen, Venise, Moutiers.... Enfin, « Pagodes » présente différents objets se dirigeant dans leur esthétique peu à peu vers un retour au néoclassicisme. Sur le plan de la peinture et du dessin, de nombreux artistes ont suivi cette mode tels qu'Antoine Watteau (1684-1721) réalisant des chinoiseries pour le château de la Muette (Paris), François Boucher (1703-1770) avec « Le jardin chinois » (1742) ou encore Jean-Baptiste Pillement (1728-1808). Un très beau dessin à la plume à l'encre brune, lavis brun sur épaisse pierre noire, intitulé « Jardinière chinoise » d'Alexis Peyrotte (1699-1769), est, par exemple, à apprécier. Au premier étage du musée, l'exposition se poursuit par la diffusion du film « Chinoiseries, décors de fabriques, retirades et fabriques » de Gilles Beguin et Laurent Chastel (Paris musées, 2007). D'une durée de 14 minutes, il aborde l'architecture et l'art des jardins de cette époque, occasion de découvrir de nombreuses fabriques européennes à l'instar du Trianon de Porcelaine (appellation due à ses façades recouvertes de faïence de Rouen bleue et blanche à la chinoise) dans le domaine de Versailles* (Yvelines). D’autres fabriques filmées se situent dans le parc du château Charlottenburg à Berlin (Allemagne), le parc et les jardins du château d'Haroué (Meurthe-et-Moselle), les jardins du palais d'Aranjuez (Espagne), le domaine d’Oranienbaum (Russie), le parc du palais de Tsarskoïé Selo à Pouchkine (Russie), le parc de Jeurre* à Etampes (Essonne), les jardins du palais de Drottningohlm (Suède) ou le parc Sans Souci à Potsdam (Allemagne). D’autres sont toujours visibles comme le pavillon chinois de Cassan* à L’Isle-Adam (Val-d’Oise), la pagode des jardins botaniques royaux de Kew (Angleterre), celle de Chanteloup* à Amboise (Indre-et-Loire) ou le pagodon du parc de Bagatelle* (Paris). Le catalogue de cette exposition, extrêmement bien référencé, révèle les œuvres exposées, mais revient en détail, avant cette traditionnelle énumération, sur l'art des chinoiseries. En particulier, deux articles concernent l’art des jardins « Jardins et chinoiseries : l’Angleterre et l’axe anglo-suèdois » de John Harris et « Ces palais fabuleux… au milieu d’un désert » de Monique Mosser, historienne de l’architecture des jardins, responsable du master « Jardins historiques, patrimoine et paysages » à l’Ecole d’architecture de Versailles (Yvelines). Celle-ci aborde dans ce chapitre spécifique les pagodes et autres fabriques des parcs dits « anglo-chinois ». Dans cet historique, il est fait allusion au travail d'architectes importants comme William Chambers (1723-1796) ou Emmanuel Héré (1705-1763), auteur du célèbre Trèfle pour le jardin des Bosquets* à Lunéville (Meurthe-et-Moselle) et qui servit de modèle à la maison de thé chinoise du parc Sans Souci à Potsdam. Elle aborde notamment les différents projets pour un belvédère chinois au sein du jardin du château de Ménars à Mer (Loir-et-Cher) avec différents projets proposés signés de Michel Barthélemy Hazon (1722-1822), Nicolas Marie Potain (1713-1796) ou encore Charles de Wailly (1729-1798). Au fil, de cette histoire apparaissent quelques fabriques dont certaines sont encore méconnues comme les deux pavillons chinois du parc du château de Stors à L’Isle-Adam (Val-d’Oise). Ce catalogue démontre combien l'Asie a joué un rôle prépondérant dans l'esthétique des parcs du siècle des Lumières.

* Plus d’informations

Pour en savoir davantage sur les jardins cités dans cette notice, il suffit d’un simple clic sur les liens suivants :

Parc Monceau

Domaine de Versailles et de Trianon

Parc de Jeurre

Site du pavillon chinois de Cassan

Site de la pagode de Chanteloup

Parc de Bagatelle

Jardin des Bosquets



© Conservatoire des Jardins et Paysages / mai 2007

 
296 pages - 54.00 €
     
   
   
   
 
   
 
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