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Le potager du Moyen âge, créez votre jardin médiéval

   
Auteur : Josy Marty-Dufaut
Editeur : Autres temps
Date de dépôt : avril 2006

Dans l'engouement actuel pour le Moyen âge, de plus en plus de jardins d'inspiration médiévale ont fait leur apparition, suscitant auprès des visiteurs de l'intérêt pour cette période et parfois des envies de créations de jardins personnels sur ce thème. Josy Marty-Dufaut, professeur de lettres, spécialiste de la gastronomie ancienne et du Moyen âge et auteur notamment du hors-série n° 20 de « Moyen âge » intitulé « Le jardin médiéval », s'adresse à ces visiteurs en les informant sur la flore utilisée dans les jardins de cette époque et leur conception. En une quarantaine de pages, l'introduction du livre permet de se placer dans le contexte moyenâgeux qui, comme certains ont tendance à l’oublier, est une période s’étalant sur un millénaire, depuis la chute de l’Empire romain (476) jusqu’à la fin du XVe siècle. Comme le dit l’auteur, « la reconstitution exacte d’un jardin de plantes médiévales est irréalisable, l’interprétation seule est possible. ». En effet, depuis cette époque le climat a changé, les terres sont amendées et les plantes elles-mêmes ont évolué. Néanmoins, celles connues au Moyen âge sont issues et connues à la fois à partir de la flore réelle et de la flore fabuleuse (issue des légendes colportées par les pèlerins revenant de Terre sainte). Au bas Moyen âge, le jardin est un lieu clos et utilitaire, l’« hortus conclusus », et au haut Moyen âge, les jardins d’agrément, les « hortus deliciarum », lieux privilégiés du repos, du plaisir et de l’amour, se développent. Cette appellation est issue de l’ouvrage « Hortus deliciarum » (entre 1159 et 1175) de l’abbesse Herrade Landsberg du monastère de Hohenburg sur le mont Sainte-Odile (Bas-Rhin) décrivant « un jardin d’agrément en résonance nostalgique au jardin d’Eden ». Les textes et le monde de la nature sont en effet indissociables à l’époque médiévale, à commencer par la Bible, avec le jardin d’Eden bien sûr, mais aussi celui du « Cantique des cantiques ». D’autres textes sont fondateurs comme « De materia medica » (Ier siècle) de Dioscoride, « Historiae naturalis libri » (Ier siècle) de Pline l’Ancien et l’« Herbier » (vers l’an 400) d’Apuleius Platonicus. Autres écrits de référence, trois témoignages remontent à l’époque comprise entre le VIIIe et le Xe siècle : le « Capitulaire de Villis Vel Curtis Imperii » (ordonnance de Charlemagne rédigée vers 795 et énumérant 94 plantes), le plan carolingien du jardin de l'abbaye de Saint-Gall (Suisse) élaboré vers 817 par l’évêque de Bâle et abbé de Reichenau, Heito, et « De cultura hortorum » un poème en latin dû au moine Walahfridus Strabo (808-849) commentant justement les plantes de ce même monastère de Saint-Gall. Fait rare dans la littérature spécialisée sur les jardins médiévaux, Josy Marty-Dufaut divulgue la liste complète des plantes de ces trois documents clefs. D’autres textes sont cités comme les traités de médecine, les herbiers, les livres d’agronomie, les livres de dévotion, les manuscrits culinaires et les œuvres romanesques comme le « Roman de la rose » (1230 à 1270-1275) de Guillaume de Lorris et de Jean de Meun, dans lequel les deux auteurs décrivent deux jardins complètement différents. Cette introduction à l’univers des jardins moyenâgeux se réfère aussi aux tapisseries et à Saint-Fiacre, moine Irlandais établi à deux lieues de Meaux (Seine-et-Marne) et devenu le patron des jardiniers. Un archétype du jardin médiéval est ainsi défini, carré, marqué par le chiffre 4, clos, avec des fascines, des plessis, une fontaine au centre, un pré fleuri…

La structure des jardins est ensuite détaillée et sert de support à la présentation des plantes typiques au travers des différents types de jardins. Ces plantes sont ainsi dévoilées au fil de l'« hortus » (jardin potager), de l'« herbularius » (jardin des herbes) et du « viridiarum » (verger), avec chaque fois des conseils pour les réaliser.

Les « ortages » ou légumes (terme apparu en 1530) comprennent deux catégories, les « herbes » et les « racines ». L’auteur milite d’ailleurs pour le « devoir de mémoire » envers les « légumes oubliés » en incitant à les planter de nouveau. Les plantes de l'« hortus » sont classées suivant leurs utilisations [herbes et racines de pot, herbes et racines de « porée » (purée de légumes), racines du pauvre (ail, oignon et raifort), légumes secs et cucurbitacées]. Les simples sont regroupées au sein de l'« herbularius ». Les « simples » désignent les plantes employées dans la « médecine simple », par opposition à la « médecine composée », employant plusieurs éléments constitutifs. Les herbes culinaires sont quant à elles citées dans deux ouvrages de référence, le « Viandier » (1330) et « Le Mesnagier de Paris » (1392-1394). Les arbres sont souvent inspirés de références bibliques (« arbre de vie » et « arbre de la connaissance ») comme le pommier et le figuier ou au sein de la littérature courtoise. Pour rester dans l’esprit médiéval, il faut davantage penser à la plantation d’arbres fruitiers sauvages plutôt qu’à de nombreuses variétés issues de greffes. Les fleurs n’ont pas de jardin spécifiquement consacré, elles sont ainsi présentes aussi bien dans l'« hortus », l'« herbularius » que dans le « viridiarum » et le « Capitulaire de Villis Vel Curtis Imperii » ne cite que la rose, le lis et l’iris d’Allemagne. Les deux premières étant associées à la Vierge Marie suivant une croyance affirmant qu’elles auraient poussé sur la tombe de celle-ci.

Les différentes plantes citées dans les écrits analysés par l’auteur sont donc détaillées au fil des quatre chapitres, parmi lesquelles se dénombrent l’arum dragon, la bourrache, le cerfeuil, le chou, le coudrier, le crocus, l’estragon, la garance, la gaude, la gourde, l’hysope, la marjolaine, la moutarde, le pavot, la pivoine, le pois chiche, le raifort, le romarin, la rose trémière, la sauge sclarée, la vigne... Chaque description de plante, la replaçant dans le contexte médiéval, est complétée par des conseils de plantation et de cueillette. Les informations sont ainsi assez riches. Le lecteur découvre que la courbure des tiges de l’ancolie (Aquilegia vulgaris) lui vaut à partir du XVe siècle de devenir le symbole de la tristesse. Le buis (Buxus) entoure au Moyen âge les carrés de plantes. Si la digitale (Digitalis) porte également le nom de « gant de Notre-Dame » depuis que la Vierge Marie l’aurait utilisée pour panser une plaie, il ne faudrait pas oublier qu’elle demeure extrêmement toxique. L’iris des marais (Iris pseudacorus) devient grâce à Clovis, l’emblème de la France, la célèbre « fleur de lis ». Le muguet (Convallaria majalis) figure dans « La vue », une des six tapisseries de « La Dame à la licorne ». Courant dans les jardins médiévaux, le néflier (Mespilus germanica) est un arbre un peu oublié de nos jours mais ses fruits méritent d’être découverts après les avoir laissé blettir sur de la paille. La nigelle de Damas (Nigella damascena), rapportée de Terre sainte par les Croisés, tend à disparaître des jardins et mérite d’être réhabilitée. Quant au panais (Pastinaca sativa), sa racine a le goût du navet, auquel il peut parfaitement se substituer dans la recette d’un pot-au-feu. Des extraits de textes anciens étayent également les propos, comme « Les Métamorphoses » (Ier siècle) d’Ovide ou « Tristan et Iseut » (XIIe siècle). Ainsi, Hildegarde de Bingen (1098-1179) recommande la sarriette (Satureia hortensis) pour le traitement de la goutte et la bétoine (Betonica officinalis) contre l’adultère. Est révélé aussi que la benoîte (Geum urbanum), figurant dans les illustrations du recueil « Les Grandes Heures d’Anne de Bretagne » (entre 1503 et 1508) aurait pour vertu de vaincre les exorcismes. L’expression « mi-figue, mi-raisin » provient de la pratique de commerçants mal intentionnés en quête de profit qui mêlaient aux raisins secs de Corinthe, très appréciés en Europe occidentale, des figues sèches moins onéreuses. Quant au thym, il était utilisé par les Egyptiens pour la momification de leurs pharaons. Enfin, trois plantes mythiques sont abordées : la mandragore, le barometz (arbre aux agneaux) et le tree barnache goose (arbre aux oies). En effet, la pensée de l’homme médiéval est nourrie par le merveilleux et le fantastique. La mandragore (Mandragora officinarum) est évidemment la plus emblématique, plante magique par excellence, née soit disant à partir du sperme des pendus dont les supposés pouvoirs ont traversé les siècles puisqu’encore aujourd’hui, elle est régulièrement volée dans les jardins conservatoires par des fanatiques de pouvoir ! Le barometz est une fougère au rhizome couvert d’un duvet soyeux et épais dont les fruits, des « melons », contiendraient « une bestiole de chair vive qui est telle une petit agnelet ». Quant au tree barnache goose, arbre lié aux légendes anglo-saxonnes, il donnerait naissance à des oies. Celles qui ne réussiraient pas à s’envoler, tomberaient à terre et mourraient alors.

Tous les dessins en noir et blanc de l’ouvrage et notamment les illustrations de plantes permettant de mieux les visualiser sont dus à Josy Marty-Dufaut. Afin de s'imprégner in situ de l’esprit d’un jardin évoquant le Moyen âge, elle invite à découvrir un lieu où apprécier ces différents hortus, le jardin médiéval de Bois Richeux à Pierres Maintenon* (Eure-et-Loir), « interprétation simple et raffinée de la tradition médiévale », où ont été prises les différentes photographies en couleurs de l'iconographie du livre (dont sa couverture). En effet, il regroupe un jardin de simples, des préaux aromatiques et un hortus potager.

Une bibliographie est destinée aux plus passionnés pour pénétrer l'univers moyenâgeux. Mais avant tout, l'objectif de ce livre et de sa sélection de végétaux est de permettre à tout amateur de jardins médiévaux de créer, à partir des plantes typiques de la tradition, des parterres ou des banquettes, même dans des espaces réduits, tel qu’un simple balcon.

En conclusion, la lecture de ce livre est un moyen utile de redécouvrir la flore spontanée et enseigne que les plantes dites « mauvaises herbes » sont en fait typiques des jardins médiévaux. Les cultiver dans son jardin est sans doute un acte de préservation de notre patrimoine végétal. Dans ces circonstances, au-delà d’un intérêt personnel pour le Moyen âge, créer un jardin médiéval devient un acte responsable, une manière de préserver la nature par la culture.

* Plus d’informations

Pour en savoir davantage sur le jardin cité dans cette notice, il suffit d’un simple clic sur le lien suivant :

Jardin médiéval de Bois Richeux



© Conservatoire des Jardins et Paysages / août 2010

 
248 pages - 18.00 €
     
   
   
   
 
   
 
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